Si j’étais une femme en Inde

Je suis souvent très positive en ce qui concerne l’Inde sur ce blog, ce qui ne m’empêche pas d’être lucide sur de nombreux sujets, comme la condition des femmes, qui est vraiment infernale.


Si j’étais née indienne, j’aurais déjà eu la chance de passer entre les mailles des avortements sélectifs et des infanticides. Pour 1000 petits garçons en Inde, il y a 927 petites filles (entre 0 et 6 ans), entre 1990 et 2000 l’Inde enregistrait un déficit 35 millions de femmes.

Cette naissance aurait surement attristé mes parents, en Inde, une femme est bien souvent un fardeau, il va falloir lui trouver un mari, un bon parti, lui offrir une dot, payer le mariage (entièrement à la charge de la famille de la mariée, la famille du marié estime qu’elle paye sa part en payant les études du rejeton, qui ramènera ensuite l’argent au foyer).

Si la chance est toujours avec moi je ne ferais pas partie des 53% d’enfants qui ont subi une ou plusieurs formes de violences sexuelles.

Si j’étais née indienne et pauvre, je serais mariée à un complet inconnu à environ 15 ans, d’ici mes 25 ans j’aurais probablement plusieurs enfants, je m’userais la santé ainsi que celles de mes enfants pour des boulots exténuants, payés une poignée de roupies. C’est grâce à moi et à toutes les autres petites mains que l’Inde a des routes et des immeubles qui poussent comme des champignons, se fait laver et repasser son linge pour quelques roupies, que les poubelles sont récupérées, triées, recyclées, que l’occident à des fringues à 5 euros. A 35 ans, j’aurais l’air d’en avoir 60, je vivrais sur le bord de la route pendant la canicule, l’hiver, la mousson, je ne mangerais pas toujours à ma faim, mes enfants non plus, je devrais m’endetter auprès de la mafia locale pour me payer un docteur si besoin, emprunt quasiment non remboursable étant donné les taux d’intérêts délirants. Si je vivais dans un bidonville, on pourrait me chasser et me prendre le peu de biens que je possède sans me donner de raisons, je serais la cible idéale du racket par les policiers. Je ne vaux rien, ma vie ne vaut rien, les classes moyennes m’ignorent, au pire me méprise, oubliant au passage que sans moi il n’aurait pas leur qualité de vie.

Si j’étais née indienne et de classe moyenne, j’aurais la chance de faire des études, de commencer un travail et de ma marier entre 25 et 28 ans. Ce serait un mariage arrangé la plupart du temps avec un homme de ma religion, de ma caste, avec un peu de chance mes parents seront ouverts et accepteront de rencontrer un garçon qui me plait, sinon les parents se rencontreront (ils échangeront sur les revenus, les études, la position dans la caste, les biens mobiliers et immobiliers) et ils me signifieront leur décision finale. J’emménagerais alors avec ma belle famille, toute la famille se reposera sur moi pour faire à manger, les courses, le ménage, laver le linge et le tout avec bonne humeur. Ici hors de question de cuisiner rapidement des pâtes, il faut plusieurs légumes, les rotis, les chutneys, 3 fois par jour, sans oublier le tchai. Mon mari déciderait du nombre d’enfants et je devrais arrêter toute activité professionnelle. Pour toujours. Peu importe la qualité de mes études et de mon travail, de mes envies. Ma vie serait d’être à la maison et de répondre aux besoins de la famille et de la belle famille.


Ces histoires ne sont pas des fictions, je côtoie ses femmes au quotidien. Et tous les jours, je suis heureuse d’être née française, de ne pas avoir ma vie tracée par d’autres, de pouvoir faire tous les choix dont j’ai envie, d’être respectée, d’aller vivre à l’étranger, de choisir celui qui partage ma vie. De faire CE QUE JE VEUX.

Évidement la situation évolue un peu, très peu. Il y a de plus en plus de mariages d’amour, les classes moyennes voyagent et s’occidentalisent, la religion a un peu moins de poids. Pour les plus pauvres, énormément d’ONG se spécialisent dans le « women empowerment », leur apprennent leur valeur, le respect qu’elle mérite, les forment à de petits jobs indépendants (avoir sa petite boutique, ouvrir une restaurent de rue, devenir couturière à son compte,…). Elles ne sont plus qu’un fardeau mais également une source de revenus, ce qui change énormément leur valeur au sein de la société.

Je ne creuse pas de fond en comble ce sujet, (cela mériterait plus de nuances mais il faudrait des dizaines de pages sur un sujet comme celui-ci), cet article a simplement pour rôle de montrer que l’Inde c’est autant les couleurs, les belles photos, les palais de maharadjas, les paysages époustouflants que cette réalité, celle d’une société dans laquelle il ne fait pas bon naitre femme.

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Une réflexion sur “Si j’étais une femme en Inde

  1. Merci, c’est très interessant… Ce pays fascinant peut faire oublier cela au touriste lambda, mais une immersion la bas plusieurs mois fait prendre conscience de ces tristes réalités…Et l’intérêt d’un voyage et aussi de savourer notre pays même si tout n’est pas idéal…

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