L’inspiration engagée !

Bonjour à tous !

Je suis ravie de vous retrouver, mais je vous arrête tout de suite ! Non (malheureusement) nous ne sommes pas de retour en Inde !

En revanche, l’envie d’écrire est toujours bien présente et c’est sur le thème de l’engagement citoyen que j’ai décidé de reprendre le chemin de l’écriture des internets !

Cliquez sur l’image ci dessous pour visiter ce nouveau site :

consomacteur


Alors pourquoi ? Pourquoi faire un site sur l’engagement depuis son canapé ?!

  • parce qu’on a/ne prend pas toujours le temps,
  • parce que je suis la reine de la procrastination et que je connais bien cette volonté d’agir, mais bon lundi ce sera mieux,
  • parce que voir trop grand est le meilleur moyen de se mettre le surplus de pression qui va nous faire abandonner avant même de commencer,
  • parce qu’aujourd’hui le monde a besoin de chacun d’entre nous, chacun à son niveau, oui oui, même toi ! Pas uniquement des mecs qui s’enchaînent à des trains d’uranium, qui quittent tout pour élever des chèvres dans le Larzac.

L’engagement est multiple : il y a l’écologie bien sûr, mais également le fait de reprendre en main ses droits et ses pouvoirs de citoyens : puisqu’on vote avec de moins en moins de cœur, il est temps de faire bouger les choses et de se faire entendre autrement. La multitude d’assos, de start up sociales et solidaires l’a bien compris et on a désormais accès à énormément de canaux pour que chacun puisse y trouver son compte et jouer son rôle.

C’est le moment de briller en citant Gandhi 😉 :

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde »

On est toujours super forts pour critiquer les râleurs, les pessimistes, ceux qui constatent mais n’agissent pas… mais WAIT ! Nous, on n’a jamais été comme ça, non non non ! toujours le sourire, jamais un soupir. Une critique facile ? ça, jamais !

Je suis persuadée qu’avant de réclamer une société plus solidaire, bienveillante et accueillante, il faut commencer par pratiquer soi même au quotidien. Ce qui va inspirer ton voisin, le voisin de ton voisin, etc etc… Ce n’est certes pas évident et on parle plus d’un chemin que d’une destination.

Le secret pour s’y mettre ?

  • décomposer son objectif en petit pas, accessibles au quotidien,
  • en faire une habitude, prendre de nouveaux réflexes,
  • venir chercher l’inspiration sur ce nouveau site !

Audjo Ahmedabad !

Le voici enfin, le dernier article de ce blog, point d’orgue de notre année indienne ! Plus de 6 semaines après le retour en France : il était temps !

Bien qu’un peu redouté, ce retour se passe idéalement. On retrouve un environnement qu’on connait par cœur depuis 25 ans et nous n’étions partis que depuis un an, on se glisse donc avec aisance dans nos vies d’avant, reprenant tout là où on l’avait laissé : la famille, les amitiés, seuls les projets et l’état d’esprit ont un peu changés.

Alors évidemment la chaleur et le soleil indiens me manquent, mes collègues de l’ONG, les weekends ultra dépaysants, les chaï et les jelabis, les trajets en rickshaw, l’absence de pluie et de grisaille, les couleurs, les odeurs et les dieux des temples, l’organisation des fruits des petits vendeurs de rue, le bordel des marchés, le fait de croiser un éléphant ou dromadaire de temps à autre, les cours de boxe, l’accueil chaleureux des indiens, bon en fait quasiment tout me manque, même le bordel ambiant mais pas au point de regretter d’être rentrée ! Avec le temps on ne se souvient que du positif mais je n’oublie pas encore les difficultés de notre installation et les côtés un peu plus durs que l’Inde montre lorsque l’on creuse un peu.

Au-delà des milliers de photos, babioles à base d’éléphants ou autre bijoux rajasthanis on est rentre en France riches. Riches de nos rencontres, de nos échanges, de nos voyages et de l’observation du quotidien local.

  • Patience et sourires sont les clés pour obtenir quasiment tout en Inde, inutile de s’indigner contre des procédures manifestement inutiles, de râler, de s’emporter ! Pas facile à appliquer mais j’y travaille !
  • On revient plus sensibles à la cause environnementale qu’au départ, après un an à avoir vu les gens jeter tout et n’importe quoi dans la rue, par la fenêtre des bus, au milieu de lieux magnifiques, ça donne envie de montrer l’exemple !
  • En Inde ou au Bangladesh pas de sous entendus ou de subtilité ! il faut être franc pour se faire comprendre, une habitude plutôt à perdre ou atténuer je crois !
  • Je reviens avec une curiosité sur dimensionnée ! On se pose des questions sur tout et j’ai eu de la chance de découvrir des indiens qui ne demandaient qu’à partager leur culture, savoir faire, coutumes,… La discrétion et la vie privée sont également des notions abstraites, après avoir été un peu surprise au Bangladesh, en Inde moi aussi je demandais qui était marié, si c’est un mariage arrangé ou d’amour, combien d’enfants, la signification des prénoms, la religion, quel dieu était suivi si c’était l’hindouisme ! Une habitude qui ne choque pas du tout en Inde mais à modérer ici !
  • La tolérance a également été bien musclée ! au niveau sonore notamment, à la conduite plus qu’aléatoire, aux jugements un peu hâtifs sur les étrangers que nous étions ou sur les indiens de la part de certains copains expats. Essayer de comprendre avant de juger trop précipitamment.
  • Cette année en Inde m’aura également permis de créer ce blog, depuis le temps que je voulais écrire un peu mais sans trouver de sujets suffisamment inspirants.
  • L’expatriation dans une ville avec si peu d’étrangers nous a fait rencontrer des français en or, des gens que nous n’aurions pas eu l’occasion de rencontrer dans notre quotidien parisien ! c’est le seul avantage à vrai dire d’avoir aussi peu de bideshis dans sa ville d’accueil !

En relisant mes notes lors du voyage retour en avion, je rajoute que l’Inde est un pays qui incite au rêve. A force de vivre au quotidien dans un décor incroyable, tellement fascinant, photogénique, cela renforce notre imaginaire, le cultive et le renforce. Le dernier dimanche à Ahmedabad on se réveille au son des tambours, devant notre fenêtre : un éléphant multicolore ! Tout est possible et cela donne envie de réaliser les rêves les plus fous ! On ressent aussi comme une sorte de responsabilité : en tant que français nous avons une liberté folle par rapport aux familles pauvres ou jeunes indiens liés voire enchainés par le poids des traditions et à ce que leur a prévu leur famille. Nous nous devons de ne pas gâcher nos libertés et nos potentiels et d’en faire le maximum.

Le ralentissement du rythme indien nous a également permis de passer beaucoup de temps ensemble avec Johan et en ce qui me concerne avancer un peu sur la quête du job parfait, la route est encore longue mais chaque pas de fait et une petite victoire !

Johan reprend mi décembre chez Valéo à Paris et je suis à nouveau à la recherche d’un job à Paris ! Pour le moment je suis dans les Ardennes en train de réviser le code et Johan prépare son retour à Paris depuis Rennes.

Encore une super année qui vient de s’écouler, que du positif à la fin de cette année indienne !

Je vous remercie à tous de nous avoir lu, d’avoir commenté ou partagé certains de ces articles. C’est avec tristesse que je mets fin à cet espace où j’ai pris tant de plaisir à vous raconter notre quotidien !

Pour info vous avez été 1570 à venir visiter nos pages pour plus de 7000 vues ! Si la majorité des visiteurs sont français, nous avons les US en bonne place (salut Mélanie !), le Canada (Maryna ?!), Singapour, le Vietnam, la Réunion, la Russie, Grèce, Serbie, Comores, Mada, le Congo et j’en passe !

A vrai dire, cet article est en fait l’avant dernier ! Je ne résiste pas au plaisir d’une petite rétrospective 2015 à venir très bientôt !

 

Les 15 étapes d’un retour en Inde après une semaine à l’étranger !

Après cette semaine en Thaïlande on s’est amusés à lister les étapes et les signes qui montrent qu’on est bien en train de rentrer en Inde et qu’on s’habitue vraiment à vivre ici !

1/ Dès l’aéroport de Bangkok, une fois devant ta porte d’embarquement, tu surprends les regards des indiens super insistants et tu te dis qu’il est temps de remettre une jupe longue « india complient » ! Une fois arrivés à Calcutta c’est parti pour les regards curieux, insistants, jamais timides et même quelques photos à l’arrachée.

2/ Le niveau sonore est bien plus élevé, tu peux avoir l’impression que tout le monde s’embrouille, mais non : ça parle de la mousson qui tarde ou de la fin de la saison des mangues, mais en criant, se coupant la parole et avec des grands gestes c’est plus marrant.

3/ Les mots « relative », « siblings », « auntie », ‘uncle », « atcha », « snacks » sont à coup sur les mots les plus prononcés en Inde ! (traduction : famille, tatie et oncle qui désigne n’importe quelle amis de la famille, ok).

4/ Tu n’es pas surpris de voir qu’absolument personne ne regarde l’écran rayon X où passe tes bagages, tu affoles la machine à détecteur de métaux quand tu passes mais tout le monde s’en fout, tu n’es pas surpris non plus qu’on te laisse passer avec ta bouteille d’eau de 2 litres. Tu remplis un tas de papiers que personne ne regarde et surtout surtout, tu tamponnes bien consciencieusement l’étiquette attachée à ton bagage à main qui va être vérifiée au moins 10 fois, parfois à 10 mètres d’écart, va savoir pourquoi..

5/ Tu te rappelles que tu es en Inde et qu’il faut que tu abandonnes à nouveau ta logique que tu avais retrouvé en Thaïlande.

6/ La guerre de l’avion, tu as survécu à la queue où tout le monde est à touche touche alors que chacun à un siège numéroté, tu as gardé ton calme quand tout le monde s’est détaché et se lève alors que l’avion roule encore et que le staff vient de faire une annonce en disant qu’il fallait resté assis et attaché jusqu’à l’arrêt complet de l’avion. Tu t’es battu pour pouvoir te glisser dans l’allée pour sortir de l’avion, tu t’es battu à nouveau pour rentrer dans le bus ? Bien, maintenant il va falloir te battre pour avoir accès aux bagages..

7/ Tu entends avec plaisir les premiers « Maam » et « Auntie » quand les employés de l’aéroport te parlent. Et ça te fait toujours marrer de voir leur tête quand tu leurs dis que si si tu habites bien en Inde et à Ahmedabad qui plus est.

8/ Tu essayes de garder ton calme quand le mec devant toi jette tous ces détritus par terre/par la fenêtre..

9/ Tu te dis que les parents de l’ado qui n’arrête pas de manger à côté de toi auront bien du mal à le marier d’ici quelques années s’il n’a pas maigrit d’ici là !

10/ Une fois dans le rickshaw pour rentrer à la maison, tu es surpris de voir autant de monde dans la rue, partout, tout le temps, partout, tout le temps ! Il est 22h, mais la rue ressemble à une fourmilière, le bruit en plus. Les gens qui doublent ton rickshaw t’observent, te font des signes de la main, te sourient, tu reprends ton statut de rockstar : YEAH !

11/ Tu te demandes combien de cafards morts tu vas retrouver dans ton appart (2 cette fois !).

12/ Tu fais marrer le conducteur de rickshaw en essayant de lui parler gujarati pour lui indiquer l’adresse.

13/ Tu es accueilli avec des grands sourires par les gardiens de l’immeuble et encore plus par ton chauffeur de rickshaw, bah oui une semaine sans se voir c’est long !

14/ Tes collègues trouvent que tu as maigris, que ça va te faire du bien retrouver la nourriture indienne bien riche et trouvent que le bronzage c’est moche : la peau bien blanche est beaucoup plus belle ! A les croire on va me confondre avec un ouvrier de la rue, (ce sont ceux qui sont les plus bronzés…).

15/ Tu réalises que t’es vraiment contente de retrouver la nourriture indienne !

Bienvenue chez les Sikhs, Delhi, Juin 2015

Lors de notre weekend à Delhi nous avons visité le Gurudwara Sis Ganj : haut lieu de rassemblement pour les adeptes de la religion Sikh. Après avoir fuit la foule de l’Akshardham temple et s’être fait jeté comme des malpropres de la grande mosquée Jama Majid nous avons été reçus comme des rois dans ce Gurdwara.

C’était l’occasion d’en apprendre plus sur cette communauté, que l’on repère aisément grâce au port du turban !

P1060698Voici un extrait de ce que l’on appris en ce dimanche après midi caniculaire : fondée au Pakistan, c’est une des religions les plus récentes au monde (15ème siècle) et la 5ème en terme de « fidèles ». Les Sikhs croient en un dieu de grâce, qui ne crée par l’homme pour le punir de ses péchés mais pour qu’il réalise son véritable destin sur terre. Cette religion se veut égalitaire : elle ne reconnait pas le système de caste, pas d’adoration des idoles, pas de rituels ou superstition, la femme a un statut égal à celui de l’homme (sa naissance n’est pas considérée comme une malchance, pas de dot, pas de voile, droit de participer et officier aux cérémonies religieuses,…). Le Sikhisme n’admet pas le pessimisme, stipule que la possession de richesse n’est pas un obstacle à la réalisation d’idéaux spirituels. Le principe de tendre sa joue gauche lorsque l’on a été frappé n’a pas sa place dans le mode de vie Sikh :  » lorsque tous les recours ont été épuisés, il est parfaitement juste de tirer l’épée ».

D’ailleurs les revendications indépendantistes ont donné lieu, en 1984, à une répression violente et meurtrière de l’armée indienne dans le Temple d’Or. Indira Gandhi, alors Première Ministre, a payé le prix fort : par vengeance, elle a été assassinée par deux sikhs, membres de son groupe de gardes du corps. Quatre jours de massacres s’en suivirent à Dehli avec un lourd bilan de 3000 morts.

Chacun peut entrer dans un tempe peu importe sa religion, son origine, sa caste. Le temple que nous avons visité distribuait 45 000 repas par jours gratuitement à tous. Le temple fonctionne sur le principe du bénévolat et des dons. Un bel exemple de générosité et de partage. Une fois traversé le temple ou les écritures saintes sont lues toutes la journée, on enchaine sur l’effervescence des cuisines et de la salle à manger. Nous sommes accueillis avec des grands sourires dans chaque pièce, on s’y sent bien !

P1060707P1060712Les Sikhs ont 5 symboles en plus du turban, familièrement reconnus par les 5 K : Kesha (cheveux longs et non coupés), Kangha (un peigne pour coiffer cette longue chevelure), Kara (un bracelet d’acier), Kachla (un pantalon court), Kirpan (un poignard). Ils se distinguent aussi des autres par leurs noms : Singh (qui signifie « lion ») pour un homme, et Kaur (« princesse ») pour une femme.

Les Sikhs sont installés principalement au Pendjab, pour 80 % d’entre eux, mais aussi dans la région de Delhi. En Inde, on estime la communauté Sikh à quelque 20 millions de personnes, soit environ 2 % de la population indienne. Comme nous l’a dit notre guide à la fin de la visite, les Sikh c’est comme les patates on en trouve partout ! Pas fréquent d’avoir ce niveau d’autodérision quand on parle de religion en Inde !

Sources :

L’amplitude des émotions indiennes

On en parlait avec des amis cette semaine : en Inde (pour le Bangladesh ça marche aussi) quand on va bien : tout va vraiment bien, on est heureux, on sourit, on mesure la chance de vivre ici. Et quand ça va moins bien : on ne supporte plus rien.

Il y a 3 semaines j’étais un peu dans cet état d’esprit, il faisait trop chaud, j’en avais marre du bruit de la circulation, de l’état des routes, marre de la lenteur des gens, marre de la cuisine indienne, du bureau, du retard des bus de nuit, du fait qu’il y a des ampoules dans tous les bus mais pas une seule qui fonctionne, de tous les rickshaws qui essayent de te rouler quand tu voyages, des formulaires à rallonge à remplir tout le temps et pour tout et qui ne serviront jamais à rien, du bruit tout le temps, tout le temps, du regard des hommes déplacés, de leur tentative d’approche dans la rue, des tonnes de plastique que l’on voit partout…

Et puis cela fait une semaine que je suis à nouveau dans une période extatique : je me sens extrêmement chanceuse d’avoir une année entière pour découvrir l’Inde, sa culture, ses traditions, ses différentes régions, cuisines… J’adore à nouveau mes repas indiens, on rigole bien au bureau, il fait beau et chaud, les couleurs sont toujours aussi belles, les sourires des enfants font chaud au cœur, on vit souvent des moments improbables, on est encore surpris par un tas de petits détails, on noue de nouvelles amitiés.

Hier j’étais donc dans mon rickshaw de retour en pensant à écrire cet article, et j’étais en train de lister mentalement tout ce que j’aimais. Quand soudain, un monsieur sur son vélo, hyper chargé d’un tas de boites en tout genre, demande  sa direction à mon conducteur de rickshaw. Il avait l’air d’avoir 70 ans mais ne devait pas en avoir plus de 50, il était épuisé étant donné la chaleur. Mon conducteur l’a tout simplement ignoré malgré les demandes répétées de ce pauvre papi qui faisait tellement mal au cœur, pas un regard, rien. Pourquoi ? parce qu’ici beaucoup de gens n’ont aucun respect pour toute cette tranche de la population misérable, parce que il existe ici un énorme égoïsme : en dehors de leur communauté les gens se foutent complètement du sort des autres.

Cent mètres plus loin, une maman berce son fils toujours sous 40 degrés pendant que son mari se casse le dos sur la presse pour extraire le jus de canne. Juste à côté les clients attendent dans leur voiture climatisée le verre à 10 roupies. Il est tout maigre et trempé de sueur, a le regard vide, aucun avenir pour lui, ni pour sa famille, il dort probablement dans la rue.

Et à nouveau la chute est rude. Certes la lumière est belle, certes il y a tellement de choses à voir et à apprendre ici et la plupart des indiens sont adorables avec les étrangers, ils sont intéressants, généreux, ouverts. Mais avec nous, pas avec les millions de pauvres de leur pays. Ces derniers peuvent crever dans la rue, ce sera dans l’indifférence générale.

D’ailleurs il y a quelques semaines, se tenait le procès d’une super star bollywoodienne accusée d’avoir percuté en 2002 un groupe de sans-abri qui dormaient sur un trottoir dans une banlieue de Bombay, tuant l’un d’entre eux, et d’avoir pris la fuite après une soirée bien arrosée. Certains acteurs ont ici un statut de super star absolue, quelques uns ont même des temples érigés en leur honneur et Salman Khan en fait partie. Il a reçu un soutient énorme de millions de fans, certains ont même menacés de se suicider s’il devait être reconnu coupable. Il a également pu compter sur le soutient d’un de ses amis chanteur : Abhijeet Bhattacharya, qui a déclaré : « si les chiens dorment dans la rue ils ne doivent pas s’étonner de mourir comme des chiens, les rues ne sont pas la propriété privée des pauvres » ou encore « les rues ne sont pas des lits, ne rejetons pas la faute sur l’alcool ou le chauffeur ». Quelques heures après avoir été condamné à 5 ans de prison, les médias ont annoncés que la cour d’appel avait annulé la décision du tribunal et que l’acteur était à nouveau libre. On imagine la somme du pot de vin. Même au bureau, qui est quand même une ONG qui aide les pauvres, tout le monde étaient contents de cette issue, je crois bien avoir été la seule à être choquée par toute cette histoire.

Voila l’Inde, c’est aussi ça. On peut s’émerveiller autant qu’on veut parce que c’est véritablement un pays incroyable à visiter en long en large et en travers, mais il ne faut pas perdre son sens critique et je me demande souvent comment cette société va évoluer à l’avenir avec ses politiques ultra corrompus, les riches au dessus des lois, cette violence et ce mépris pour les pauvres, le statut de la femme, ces religions qui cohabitent parfois difficilement, les écarts énormissimes au sein de la population. Combien de temps ces pauvres supporteront encore ce mépris ? J’ai lu ici et là que le gouvernement n’aurait jamais à se préoccuper d’une révolte tant la société indienne est clivée : par religion, par caste, par communauté, géographiquement, et tant il est quasi impossible de rassembler toute une population derrière un mot d’ordre.

« La révolte ne viendra certes pas des urnes : en Inde, les pauvres et les analphabètes votent davantage que les autres citoyens, mais leurs élus suivent une politique clientéliste qui ne peut parvenir à transformer en profondeur les structures sociales. L’épée de Damoclès est plus violente : il s’agit des révoltes naxalites, d’inspiration maoïste, qui désormais gèrent des régions entières dans l’Inde rurale la plus pauvre, celle du Chattisgarh, du Jharkhand, de l’Orissa. »*

Je crois que je ne suis pas encore sortie de ces cycles up and down et cela fait partie de la fascination qu’exerce l’Inde sur nombre d’entre nous !


Mes sources :

Cinéma indien – 2/2

Parce qu’il n’y a pas que des massala movies en Inde voici une petite sélection des derniers films que j’ai vu !

La cité de la joie, c’est un film qui date un peu (adapté d’un livre de Dominique Lapierre), mais le message est malheureusement le même 20 ans plus tard. L’histoire se déroule à Calcutta, la ville de la misère indienne par excellence, on y suit le quotidien d’une famille qui fuit l’état du Bihar et de sa pauvreté pour venir travailler à Calcutta. On souffre avec ce père qui devient rickshaw walla (à pied, en courant), on comprend mieux à quel point la dot d’une fille est un problème pour les familles pauvres et les sacrifices que cela requiert, on comprend également la main mise des mafias locales sur toutes ces petites gens maintenues dans la misère pendant que d’autres s’enrichissent sur leurs dos. Ces sujets m’ont vraiment retournés. Le mythe du médecin américain qui ne comprend rien et qui vient trouver une spiritualité en Inde est un peu surfait, mais on se retrouve aussi dans ces interrogations : pourquoi les pauvres ne se soulèvent-ils pas ? pourquoi se laissent-ils traiter ainsi ? ils ont tout de même l’avantage du nombre et sans eux la ville serait rapidement bloquée.

Salaam Bombay !, film de 1988, qui décrit le quotidien des enfants des rues de Bombay. L’exploitation des enfants et plus généralement de l’homme par l’homme, la misère urbaine, l’univers de la rue à Bombay, les flics inutiles et corrompus, les plus pauvres et les plus riches qui se côtoient, la prostitution, la survie quand on a à peine 10 ans. Film poignant, qui décrit un univers qu’on n’imagine même pas et dont on réalise rapidement que ces gamins n’en sortiront jamais. Les acteurs sont de vrais enfants des rues, 80% du film à été tourné dans les rues de Bombay, ceci aboutit a beaucoup de réalisme. A voir avant de s’exclamer sur les sourires des enfants des rues, de visiter des bidonvilles en vantant les couleurs et la profusion de vie…

Trishna, film beaucoup moins grand public, on en ressort un peu démoralisés : en tant qu’occidentaux on sous estime de loin l’impact des traditions et des castes sur le quotidien mais également sur les choix de vie. C’est l’histoire d’une jeune femme qui essaye justement de sortir de ce schéma, qui ose, qui espère et pour qui l’aventure s’achève dans la douleur.

Gandhi, le film à regarder pour nous qui habitons l’état qui l’a vu naitre. Cela permet d’avoir un bon aperçu de sa vie, ce qu’il a fait pour l’Inde et dans quelles conditions. C’est un film à voir avant d’aller visiter son ashram (à quelques km de chez nous). Il a presque un statut de dieu aujourd’hui, il est sur tous les billets, toutes les villes ont des routes/rond points/aéroports à son nom, mon ONG est d’inspiration gandhienne, il y a des écoles d’économie gandhienne, bref il rythme encore le quotidien de l’Inde et c’est important d’en savoir plus sur le personnage quand on vit ici. J’ai lu un article très intéressant dernièrement sur le blog de Chouyo sur le statut de Gandhi en Inde et le livre qui est sorti il y a quelques temps sur son côté un peu caché, à lire ici.

Slum Dog Millionaire, qu’on ne présente même plus ! Un peu controversé, beaucoup de raccourcis et de clichés, mais quand même plutôt sympa à regarder ! La bande son est devenue culte !

Forest of Bliss, reportage de Robert Gardner. Je ne sais toujours pas si j’ai aimé ou non ! C’est un documentaire sans voix off ni sous titre sur Bénarès dans les années 80, alors vide de touristes. On ne comprend pas toujours ce qu’il s’y passe, on se laisse parfois entrainer par le spectacle et des fois on se demande vraiment ce qu’on est en train de regarder et c’est frustrant de ne pas avoir d’explications ! C’est un des premiers documentaires anthropologiques, pour plus d’analyses, voir ici.

L’Inde fantôme, documentaires en plusieurs épisodes de Louis Malle à la fin des années 60. Cette série est un carnet de voyage, avec les mots du réalisateur en voix off, sur ces 6 mois passés dans le sous continent. Ce documentaire est le témoignage de la fascination de l’homme pour ce qu’il voit et qu’il ne comprend pas toujours plus qu’il n’est explicatif. C’est très intéressant de voir ces images de l’Inde des années 60, on a le premier sentiment que peu de choses ont changées : les élites bien à l’abri, la misère urbaine, la négociation constante, la vie des champs, les marchés survoltés, le sourire et la curiosité des indiens, la religion, le yoga, les grands chefs d’entreprises avides et méprisants, la pollution, la beauté des paysages, l’architecture coloniale de Bombay, le style vestimentaire.. et pourtant le pays s’est industrialisé à toute vitesse depuis, la société de consommation s’est installée, le nationalisme hindou est plus que jamais d’actualité avec Modi remettant en question la cohabitation presque pacifique des religions, le tourisme est beaucoup plus populaire.. Je m’arrête là mais c’est marrant de pouvoir faire les comparaisons avec l’Inde d’aujourd’hui au fur et à mesure des épisodes !

A bord du Darjeeling Limited, bizarrement je n’ai pas adoré ce film. Je l’ai trouvé un peu long, esthétiquement beau comme d’habitude avec Wes Anderson (cf la photo de couverture), mais loin de ce que je vis ici, j’imagine que ce n’est pas le but non plus mais je n’ai pas accroché. Le film reprend tous les clichés de l’occidental en Inde, c’est un peu lourd et long.

Il me reste encore quelques films à voir : Lunch Box, Om Shanti Om, Mother India, The day my god died, Ugly, Siddarth. Si vous avez des recommandations, je suis preneuse !

Si j’étais une femme en Inde

Je suis souvent très positive en ce qui concerne l’Inde sur ce blog, ce qui ne m’empêche pas d’être lucide sur de nombreux sujets, comme la condition des femmes, qui est vraiment infernale.


Si j’étais née indienne, j’aurais déjà eu la chance de passer entre les mailles des avortements sélectifs et des infanticides. Pour 1000 petits garçons en Inde, il y a 927 petites filles (entre 0 et 6 ans), entre 1990 et 2000 l’Inde enregistrait un déficit 35 millions de femmes.

Cette naissance aurait surement attristé mes parents, en Inde, une femme est bien souvent un fardeau, il va falloir lui trouver un mari, un bon parti, lui offrir une dot, payer le mariage (entièrement à la charge de la famille de la mariée, la famille du marié estime qu’elle paye sa part en payant les études du rejeton, qui ramènera ensuite l’argent au foyer).

Si la chance est toujours avec moi je ne ferais pas partie des 53% d’enfants qui ont subi une ou plusieurs formes de violences sexuelles.

Si j’étais née indienne et pauvre, je serais mariée à un complet inconnu à environ 15 ans, d’ici mes 25 ans j’aurais probablement plusieurs enfants, je m’userais la santé ainsi que celles de mes enfants pour des boulots exténuants, payés une poignée de roupies. C’est grâce à moi et à toutes les autres petites mains que l’Inde a des routes et des immeubles qui poussent comme des champignons, se fait laver et repasser son linge pour quelques roupies, que les poubelles sont récupérées, triées, recyclées, que l’occident à des fringues à 5 euros. A 35 ans, j’aurais l’air d’en avoir 60, je vivrais sur le bord de la route pendant la canicule, l’hiver, la mousson, je ne mangerais pas toujours à ma faim, mes enfants non plus, je devrais m’endetter auprès de la mafia locale pour me payer un docteur si besoin, emprunt quasiment non remboursable étant donné les taux d’intérêts délirants. Si je vivais dans un bidonville, on pourrait me chasser et me prendre le peu de biens que je possède sans me donner de raisons, je serais la cible idéale du racket par les policiers. Je ne vaux rien, ma vie ne vaut rien, les classes moyennes m’ignorent, au pire me méprise, oubliant au passage que sans moi il n’aurait pas leur qualité de vie.

Si j’étais née indienne et de classe moyenne, j’aurais la chance de faire des études, de commencer un travail et de ma marier entre 25 et 28 ans. Ce serait un mariage arrangé la plupart du temps avec un homme de ma religion, de ma caste, avec un peu de chance mes parents seront ouverts et accepteront de rencontrer un garçon qui me plait, sinon les parents se rencontreront (ils échangeront sur les revenus, les études, la position dans la caste, les biens mobiliers et immobiliers) et ils me signifieront leur décision finale. J’emménagerais alors avec ma belle famille, toute la famille se reposera sur moi pour faire à manger, les courses, le ménage, laver le linge et le tout avec bonne humeur. Ici hors de question de cuisiner rapidement des pâtes, il faut plusieurs légumes, les rotis, les chutneys, 3 fois par jour, sans oublier le tchai. Mon mari déciderait du nombre d’enfants et je devrais arrêter toute activité professionnelle. Pour toujours. Peu importe la qualité de mes études et de mon travail, de mes envies. Ma vie serait d’être à la maison et de répondre aux besoins de la famille et de la belle famille.


Ces histoires ne sont pas des fictions, je côtoie ses femmes au quotidien. Et tous les jours, je suis heureuse d’être née française, de ne pas avoir ma vie tracée par d’autres, de pouvoir faire tous les choix dont j’ai envie, d’être respectée, d’aller vivre à l’étranger, de choisir celui qui partage ma vie. De faire CE QUE JE VEUX.

Évidement la situation évolue un peu, très peu. Il y a de plus en plus de mariages d’amour, les classes moyennes voyagent et s’occidentalisent, la religion a un peu moins de poids. Pour les plus pauvres, énormément d’ONG se spécialisent dans le « women empowerment », leur apprennent leur valeur, le respect qu’elle mérite, les forment à de petits jobs indépendants (avoir sa petite boutique, ouvrir une restaurent de rue, devenir couturière à son compte,…). Elles ne sont plus qu’un fardeau mais également une source de revenus, ce qui change énormément leur valeur au sein de la société.

Je ne creuse pas de fond en comble ce sujet, (cela mériterait plus de nuances mais il faudrait des dizaines de pages sur un sujet comme celui-ci), cet article a simplement pour rôle de montrer que l’Inde c’est autant les couleurs, les belles photos, les palais de maharadjas, les paysages époustouflants que cette réalité, celle d’une société dans laquelle il ne fait pas bon naitre femme.